Voyager dans le désert...
Si
le désert est un endroit vide, on peut se demander la raison qui motive les
voyageurs à le découvrir, les motifs qui poussent ceux qui le connaissent à y
retourner. Et... même s'il était vide, ne serait-ce pas une raison en soi ? Mais
le désert est un monde, un monde puissant qui conjugue vide et silence, grandeur
et immensité, vie et passion. C'est une terre complexe et simple, vierge et
naturelle, qui convient à la nature humaine comme à la pensée. Le désert
fascine, intrigue, attire, captive. Il inspire les rêves, force les résolutions,
forge les caractères. Le désert est à la mesure de l'homme.
Le
désert n'est pas une suite de dunes mais une alternance de plateaux, de petites
montagnes, de vallées plus ou moins irriguées en sous-sol où pousse une
végétation rase. C'est une succession de dunes hautes et de regs rocailleux, de
mers asséchées couverte d'une gangue de sel. Ici ou là surgissent une oasis ou
les vestiges de quelques anciens palmiers oubliés des eaux, un puits, un village
abandonné ou un marabout, ces constructions vouées à l'esprit d'un saint homme.
Le désert se couvre de plantes grasses, arbustes et mille fleurs dont raffolent
les dromadaires. Le désert n'est pas uniforme. Il est varié, variant, vivant. Il
évolue, se dessine, se modifie au cours du temps.
Dans
le désert, on rencontre des bergers, nomades d'aujourd'hui, de toujours, venus
d'Algérie en Tunisie mais habitants du désert. Ils suivent, au jour le jour la
migration de leur troupeau de chèvres et de moutons. Ils possèdent quelques
chiens aussi. Dans le désert il y a des lapins, des fennecs, des chacals dont on
voit quelques fois la trace le matin. De rares gazelles aussi. Dans le désert,
il y a des jeunes gens du village voisin venus sur leurs charrettes à mulets
chercher du bois pour le feu ou du fourrage pour les chèvres. Il y a aussi des
chamelles et leurs petits, quelques ânes sauvages et des petites souris qui
cherchent à manger la farine...
Partout,
à moins d'un jour de marche, on trouve un puits. L'Etat est vigilant. Il les
entretient tous. Certains sont modernisés : l'eau y est puisée au moyen d'une pompe
alimentée par l'énergie de panneaux solaires. Là, le désert n'est plus
authentique. Mais les nomades qui l'habitent peuvent abreuver leurs bêtes sans
avoir à puiser chaque seau. Leur vie en est facilité. Dans les autres, creusés à
dix ou trente mètres, il faut sortir l'eau à la force des bras. Lors des
randonnées, il n'est pas rare de se réapprovisionner en eau que tous les deux ou
trois jours. Combien de jours un chameau peut tenir sans eau ? ...

Pendant que le guide et le
chamelier montent la lourde tente berbères, les voyageurs récupèrent le bois.
Tous les bivouacs se font dans ces zones mieux irriguées où poussent petits
arbustes et plantes diverses plus ou moins appréciées des chameaux. Dans les
bosquets, le bois mort abonde... Parfois, il vient d'être ramassé. Il faut alors
aller le chercher plus loin. Sous la tente berbère, on peut dormir à huit ou
dix. En hiver, le matin, les couvertures sont couvertes de rosée. Au printemps,
on peut dormir n'importe où. Il suffit de faire un creux dans
le sable et de s'y blottir. C'est ainsi que dorment les chameliers... été comme
hiver, entourés dans leur burnous. Les nuits sont parfois fraîches mais il
ne gèle jamais. Cette photo est prise le matin du 2 janvier. Les premiers rayons
du soleil réchauffent vite l'atmosphère.
A la fin de la journée, le chamelier entrave les pattes avant des
chameaux par un lien assez large qui leur permet tout de même de se déplacer
lentement. Ils peuvent ainsi aller de buisson en buisson. Durant la nuit, les
chameaux sont attachés puis de nouveau laissés libre le matin, avant le départ.
Un
peu partout dans le désert, on trouve des pointes de flèches en silex. Le gibier
ne devait pas manquer à l'époque où ces armes ont été utilisées. Les chameliers
ont l'oeil pour les trouver. On remarque aussi, par endroit, des ateliers de
taille de silex avec de nombreux éclats de pierre. On trouve aussi des morceaux
d'oeufs d'autruches, un volatile qui a depuis disparu du continent africain. On
trouve encore des fossiles d'huîtres et autres mollusques marins, de petits
coquillages qui rappellent que la mer atteignait naguère cette partie du Sahara.
Il existe également des massifs de roses des sables. On en trouve partout !
La
galette (Khobzé, prononcer Robzé) est la base de l'alimentation comme le pain
l'est chez nous. Le chamelier, en général, se charge de pétrir et cuire la pâte.
Il faut un certain bois dont les braises chauffent longtemps. Il les réparti
consciencieusement sur le lit du foyer puis jette la galette au dessus. Il
recouvre le tout de cendres et de sable mélés. Une vingtaine de minutes plus
tard, la galette est cuite. Il l'extrait du feu, frappe la croûte à coups de
torchon pour en retirer les derniers grains de sable collés. La Khobzé est prête
: chaude et savoureuse. Elle accompagnera le petit-déjeuner, la soupe (chorba)
ou la salade de choux, tomates et carottes.
Et maintenant... Quelques photos ne valent elles pas mieux qu'un
long discours ?
Chamelles
dans le désert. Les chamelles et leurs petits sont toujours en liberté au
contraire des mâles qui travaillent.

Vue du désert depuis une des rares montagnes du Sahara
tunisien. On y trouve du thym et un grand nombre de fleurs sauvages.
Les
dromadaires ont parfois des caractères joueurs. Certains sont des comédiens !

On trouve toujours assez de bois pour faire un beau feu de
camp. Le soleil se couche tôt en hiver. Les soirées sont longues mais le temps
passe si vite !
 
|