[ Treks, randonnées, randonnées chamelières, méharées dans le Sahara depuis Sabria au sud de la Tunisie. Nuits dans le désert. Aventure, silence et magie du désert ]
Depuis
la scolarisation des enfants, devenue obligatoire en 1951, les familles nomades,
bergers du désert tunisien, se sont progressivement sédentarisées. Dans le petit bled
de Sabria, aux portes du
désert, la tradition nomade reste cependant vive. Dans la mémoire collective
comme les habitudes quotidiennes, le désert si proche, se rappelle au souvenir des anciens. Un mode
de vie, encore très communautaire laisse les habitudes et coutumes ancestrales se transmettre naturellement aux jeunes générations.
Sabria, est un village d'environ
deux mille
habitants répartis en quelques deux cent cinquante foyers comptant parfois
jusqu'à quatre générations. Vieillards et jeunes enfants partagent le même
espace
dans le plus grand respect. Chacun dans les occupations de sa génération mène
sa vie sans gêner l'autre. Fêtes de rituels nomades pour les aînés, parties de
dominos ou longs palabres autour d'un thé cérémonieusement consommé. Pour
les plus jeunes : les études, les jeux de plein air ou la télévision. L'école fait
découvrir le monde, l'histoire, la géographie, la société, l'économie moderne,
les sciences, les langues, autant de domaines demeurant étrangers à la plupart
des aînés.
Le petit écran et sa parabole
distribuent
plusieurs centaines de chaînes arabes, européennes voire anglophones. Chaque
famille, même la plus pauvre en est équipée et tous ouvrent des yeux étonnés
fascinés ou indifférents sur une vie, un monde plus moderne, plus matérialiste,
plus stressé et plus émancipé qui peut parfois susciter, désirs et tentations
impossibles à satisfaire dans le village.
Pourtant, si la scolarisation et la télévision semblent
éloigner les jeunes de leurs origines nomades, il est une période de l'année
que tous, enfants et adultes, attendent impatiemment et qui les réjouit
particulièrement. Ce sont les vacances scolaires de printemps ! Tous les ans, pendant quinze jours en avril,
pour le plus grand plaisir des grands et des petits, les
familles de Sabria partent s'installer dans le désert, à quelques dizaines de
kilomètres du village, pour y vivre sous la tente berbère et redevenir pendant
quelques jours ces bergers nomades qu'ils étaient encore il y a quelques décennies.
La vie se réorganise autours de troupeaux et des puits au rythme de la course du
soleil dans le ciel...
Parmi la population masculine active de Sabria,
quatre-vingt-seize hommes sont d'anciens bergers. Ils sont propriétaires des
quelques cent quatre-vingt-deux chameaux (dromadaires) mâles, dressés pour être
bâtés et, par la force des choses, ils ce sont convertis en chameliers au sens
touristique du terme.
Leur parfaite connaissance du désert sur des dizaines,
voire centaines de kilomètres à la ronde, leur expérience avérée, leur
connaissance des coutumes, des pratiques, celle des hauts lieux : puits et
marabouts, de la faune et la flore comme d'une médecine empiriques, sont autant
de qualités nécessaires et désormais recherchées, qui font d'eux les
accompagnateurs indispensables aux méharées et randonnées.
A Sabria, un chef-chamelier, personnage socialement
important, gère tout ce
monde, organise et réparti le travail en fonction des demandes des touristes ou
des agences de voyages de Douz et El Faouar.
Dans cette
génération qui n'appartient plus pleinement au désert, certains des plus jeunes
des hommes scolarisés ont été gagnés
par le goût, l'appel du désert. Cette envie et cette volonté d'en vivre, de le
faire découvrir et partager par le biais du tourisme les poussent à se lancer
sur les trace de leurs père, oncles, voisins, amis en devenant guides.
Pas d'école pour ce métier, ou
seulement celle du désert et de
l'expérience acquise lors des accompagnements de
méharées. Si, à l'école, ils ont appris une ou
deux langues, le contact quotidien avec des touristes pour la plupart européens
leur a parfois permis d'en connaître et maîtriser une ou deux supplémentaires.
Il n'est pas rare de rencontrer des jeunes gens parlant deux ou trois autres
langues que l'arabe. Ce souhait de pérenniser l'esprit nomade, cette passion du
désert les entraîne. Ils deviennent, en complément des chameliers, le truchement
entre deux mondes et se chargent aussi bien de l'organisation et du bon déroulement des méharées.
Ce travail, dont ils ne sont pas peu fiers, leur permet de
subvenir aux besoins de toute la famille dont ils ont traditionnellement la charge. Les femmes de ces nouveaux hommes du désert ne sont pas en
reste. Elles ont, plus souvent que les hommes, conservé les gestes artisanaux
ancestraux. Ce sont elles qui tissent de longues heures, semaines et mois durant ces grandes tentes bédouines sous lesquelles
les soirs de méharée, on
semble rattrapé par le temps, celui où ces peuples se retrouvaient après de
longues heures de marche au rythme chaloupé des chameaux pour savourer un
dernier thé. Ce sont elles, les femmes berbères qui, au retour, seront là les premières
pour accueillir avec
enthousiasme le retour de l'équipée. Elle se mettront immédiatement au travail
pour le reconditionnement du matériel puis s'occuperont des hommes et de leurs invités.
Ceux qui ont choisi une vie plus sédentaires ce sont orientés
vers des emplois tertiaires ou dans le bâtiment et les travaux, publics ou privés,
voire le transport
ou le cumul de plusieurs petits métiers. Ils participent ainsi à la vie et
l'évolution du village et apportent aux habitants plus de
service et de confort. Tout ce petit monde est évidemment très complémentaire.
Les uns n'existeraient pas sans les autres. La préparation d'un voyage fait travailler
en coulisses
bien d'autres acteurs invisibles. Ils ne seront pas là le jour du départ mais
ils participent au voyage...
Quelques jeunes plus ambitieux, plus chanceux, quittent Sabria, voire la Tunisie, à la recherche d'une vie plus moderne et
d'un travail plus attractif. La plupart reviennent, le plus souvent
possible, pour visiter famille et amis et revoir avec le plus grand bonheur les rues ensablées du village de leur
jeunesse. Il est difficile d'oublier de telles racines !
L'authenticité de Sabria, la chaleur de ces habitants,
l'excitation de ses enfants, sa palmeraie, ses dunes sont autant de choses
attachantes, troublantes qui donnent envie de venir, revenir pour goûter,
s'enivrer de cette douceur de vie simple et de prendre enfin le temps de vivre
dans un décor qui semble hors du temps.